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Thierry Bourcy : La cote 512

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Célestin Louise est inspecteur de la sûreté à l’aube de la Première Guerre Mondiale. Pétri des idéaux patriotiques inculqués à sa génération, il plaque-là son travail le jour de la déclaration de guerre, persuadé qu’elle sera courte et qu’il a le devoir de partir comme simple soldat, en même temps que ses camarades. Complètement immergé dans le conflit, son métier et son éducation lui font vite comprendre que les officiers ne sont pas vraiment ni mieux informés ni mieux préparés que lui à ce nouveau genre de guerre, et que les généraux sont dépassés et consomment les hommes de manière absurde. Pourtant, il ne remet jamais en cause sa décision, et nous emporte dans cette mortelle valse à trois temps qui marquait la vie des soldats au front : terreur de la première ligne, soulagement tendu des deuxièmes lignes, impossibilité de concevoir de nouveau la normalité de retour au repos à l’arrière.

Thierry Bourcy parle de la guerre à la manière d’un Tardi, son évocation puissante colle à la peau comme la boue sanguinolente des tranchées. Les hommes tombent comme des mouches, au hasard, et la nature elle-même se retire du conflit ne laissant derrière elle que la lie du règne animal : les rats et les poux, omniprésents, qui ajoutent à l’enfer des hommes. Et soudain, au milieu de ce chaos insensé, l’inspecteur Louise est témoin d’un meurtre crapuleux. Une mort dérisoire, noyée parmis des dizaines de milliers d’autres, mais à laquelle il se sent néanmoins l’obligation de répondre, par devoir.

Son enquête, qui serait déjà difficile en temps de paix, devient pratiquement impossible dans les circonstances de la guerre et se trouve compromise par son statut de simple soldat aux ordres. Néanmoins, avec ténacité et grâce à la bienveillance de quelques officiers indulgents, qui compensent l’absurdité, l’arbitraire et la cécité volontaire de tous les autres, il avance, mètre après mètre, comme un fantassin lancé dans un N-ième assaut aveugle. La solution, triviale, n’a finalement que peu d’importance. Elle permet à l’auteur de montrer la société en coupe, comme une fourmilière divisée par une plaque de verre dans un terrarium.

Mais l’auteur ne s’est pas arrêté en si bon chemin, et ce livre n’est que le premier tableau d’une vaste fresque se déroulant sur l’ensemble de cette conflagration, au rythme d’un tome par année de guerre. On découvrira par la suite l’évolution des techniques et des mentalités tout au long du conflit, et finalement le basculement irréversible de l’ancien monde dans le XXè siècle.

Thierry Bourcy, La cote 512 : fnac. La série se poursuit avec L’arme secrète de Louis Renault, Le château d’Amberville, Les Traîtres (sortie en Folio Policier – poche le 21/01/2010), et Le gendarme scalpé.

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