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82% des français pour la fessée : ça mérite des claques

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Le bon sens populaire a encore frappé (fort) : alors que le Dr Edwige Antier, qu’on peut difficilement taxer d’incompétence en matière éducative, à l’aune de son œuvre et de son investissement personnel infaillible pour la cause des enfants, propose un projet de loi pour interdire la fessée, un concert de cris d’orffraies accueille en retour sa proposition de bon sens.

Pourtant, l’idée n’est ni neuve ni infondée. La Suède a été le premier pays à adopter une telle législation, il y a trente ans, et l’application de cette mesure n’a pas montré d’effets socialement néfastes significatifs. En revanche, de nombreuses études ont pu corréler nettement une tendace criminelle adulte chez les sujets victimes d’une ‘éducation’ à base de châtiments corporels.

En réalité, ce qui inquiète, ce n’est pas tant la proposition elle-même que la nécessité de la faire. En effet, à s’en tenir à la lettre du Code pénal, la fessée est en soi une violence indéniable qui est déjà réprimée par la loi. Ces faits de violence devraient déjà être poursuivis et punis, mais ils bénéficient en pratique d’une tolérance anormale, et il n’est pas rare de devoir attendre la survenance de véritables tortures pour que les poursuites soient engagées. C’est une discrimination à l’égard des enfants tout à fait intolérable. Ils sont traités non pas pleinement comme des sujets de droit, ce qui devrait être la règle, mais comme les objets de leurs parents. Comment apprendre l’égalité entre les êtres humains à quelqu’un que l’on maltraite sans recours ? Comment s’étonner que devenus adultes, ces individus reproduisent ces schémas contre leur progéniture ou leur conjoint(e) ? La violence n’a pas de valeur éducative, ou plutôt, elle enseigne seulement la suprématie du fort sur le faible, ce qui est le contraire du but poursuivi par l’organisation de la société, à savoir promouvoir l’égalité des droits entre ses membres par l’octroi d’une protection plus étendue à mesure que ses membres sont physiquement ou psychologiquement plus faibles.

La législation existe. Il ne faut certainement pas la tronçonner inutilement une nouvelle fois, même avec les meilleures intentions. C’est le seul reproche que l’on pourrait opposer à l’idée de Mme Antier. Son idée de reléguer au Code civil ce qui appartient déjà au Code pénal, c’est dévaluer la mesure[*]. En revanche, il serait sans doute intéressant de proposer d’ériger les violences commises habituellement au sein du cercle familial en circonstance aggravante de la qualification de violence volontaire. Cette solution aurait pour avantage de viser non-seulement les fessées et autres châtiments corporels pseudo-éducatifs, mais également les violences conjugales.

La fessée n’est pas un outil éducatif. Elle doit être réprimée au moins au même titre que les autres violences commises contre les mineurs, peut-être même plus. Et il faudra bien que les primates qui étalent complaisament leur bêtise à longueur de sondages se le fourrent dans le crâne. À coups de pied dans le fondement si besoin.
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[*] D’autant plus qu’on cherche en vain sur quel fondement un juge civil pourrait agir. Il ne pourrait pas prononcer de condamnation à proprement parler, quant à indemniser le préjudice… En fait, un tel article inséré dans le Code civil n’aurait certainement qu’une valeur déclarative, sans sanction efficace ; c’est à dire qu’il resterait lettre morte. On voit ici que Mme Antier est certainement meilleure médecin que juriste.

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  1. raoulvolfoni
    24 novembre 2009 à 10:22

    Attention. Tu t’es laisser piéger. 82% des Français sont CONTRE UNE LOI INTERDISANT la fessée. C’es quand même pas pareil. http://raoulvolfoni.wordpress.com/

    • 24 novembre 2009 à 10:41

      Je ne me suis pas laissé piéger : qu’ils soient pratiquants ou qu’ils permettent à d’autres de l’être en détournant le regard ne change rien au problème, nous avons 82% de bourrins sans aucune notion de pédagogie ni d’éducation dans ce pays, et qui sont très heureux de se croire investis d’un droit de propriété divin sur le corps de leur progéniture. Le droit de fessée est une aberration qui doit rejoindre au rangs des horreurs l’abandon noxal, la taille, les corvées, et de manière générale toutes ces idées barbares selon lesquelles un individu a un droit sur le corps d’autrui. Il a fallu presque 2.000 ans pour admettre l’idée qu’il pouvait y avoir viol entre époux, on peut souhaiter aller un peu plus vite maintenant pour imposer l’idée que les droits de l’homme ne se divisent pas et se respectent aussi au sein de la famille.

    • Malice
      25 novembre 2009 à 8:49

      « les chiffres sont aux analystes ce que les lampadaires sont aux ivrognes : ils fournissent bien plus un appui qu’un éclairage » Jean Dion

      Ne buvant que de l’eau, j’apprécie beaucoup votre éclairage, 13zenervé.

      • 25 novembre 2009 à 7:15

        merci.

  2. Pvdb
    24 novembre 2009 à 3:08

    Posez-vous la question : Est-ce que les enfants d’un siècle en arrière étaient plus polis, moins criminels, plus disciplinés ? Oui ou non ?
    Quand est-ce qu’il y avait moins de délinquance, aujourd’hui ou il y a 50 ans en arrière?
    En suite posez vous la question comment les enfants de l’époque étaient éduqués ?
    Maintenant tirer la conclusion : qui doit partir la fessée ou la députée !?

    • 24 novembre 2009 à 3:26

      Dans les années 60, les bidonvilles autour de Paris pourvoyaient déjà largement des bandes violentes en recrues choisies. C’était l’époque des blousons noirs et du changement des fauteuils après chaque Olympia. C’était aussi la guerre d’Algérie, et son lot de traumatisés. C’était Balavoine chantant ‘quand on arrive en ville’. C’était l’époque où les vieux cons se lamentaient qu’il n’y avait déjà plus de jeunesse, oublieux eux aussi des apaches qui les précédèrent dans les années 20~30, et qui se surinaient allégrement autour de la rue de Lappe. Ah, c’était l’époque des maisons de correction, aussi, celles qui devaient être vides selon vous, tous les enfants éduqués à coup de beignes ayant bien sûr à cœur de ne pas y aller.

      Enlevez les lunettes roses de l’inculture historique et de la naïveté. La délinquance n’augmente pas tant que ça, à population constante (40 millions d’hab en 1900 & 1960, 65 millions aujourd’hui, +35%) mais le taux d’élucidation s’améliore de même que les poursuites se systématisent.

  3. Fricel
    24 novembre 2009 à 4:27

    Très comiques votre article et vos réponses aux commantaires…
    J’imagine que vous n’avez pas élevé d’enfant ?
    Savez-vous faire la différence entre une tape sur les fesses et une raclée à coup de ceinturon ?
    Allons, il faut rester sérieux !
    C’était ma première visite sur votre blog, ce sera aussi la dernière.

    • 24 novembre 2009 à 4:33

      On ne peut pas plaire à tout le monde, mais internet est assez vaste pour se trouver un troupeau où bêler en paix. Bon voyage.

      Mais puisqu’on en est au jeu des questions, comment les allemands et les suisses, qui sont parmis les nations les plus policées au monde, ont-ils réussi à supprimer tous les châtiments corporels en préservant le civisme de leur jeunesse ? Ah. Damn. Que c’est désagréable quand les faits se mettent en travers des mythes.

  4. h.gazel
    28 novembre 2009 à 5:43

    ah là là j’ai connu ce site un peu tard, j’aurais pu éviter à 13ZENRV de répondre étant donné que j’aurais argumenter dans le même sens que lui. La fessée n’est certes pas en général aussi violente que des « coups de ceinture » mais cela reste une violence physique et doit donc être interdite. Bien que les résultats des pays « nordiques » ne soient plus tout à fait au même niveau qu’auparavant ils sont très souvent bien mieux inspirés que nous autant suivre leur exemple, ce n’est pas comme si cette interdiction surgissait de nulle part… La fessés peut être le commencement de bien des choses donc pourquoi prendre le risque? surtout lorsque l’on connait la nature violente de l’homme à l’état de nature, les lois servent justement à contraindre l’homme pour qu’il évolue.

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