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PS : Désespoir à Gauche

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« Le véritable ennemi, j’allais dire le seul (…), c’est le monopole; terme extensif pour signifier toutes les puissances de l’argent, l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes. »
(François Mitterand, congrès d’Epinay, 11juin 1971.)

Profitez-en ; ce n’est pas tous les jours que je tire référence des mânes Mitterrandiennes. Mais s’il n’y a qu’une phrase à retenir de lui, c’est bien celle-là, il faut dire qu’il parlait d’or autant que d’expérience sur le sujet. Le lamentable spectacle du week-end à Dijon en est une illustration parfaite. Peillon et Royal en train de s’écharper en public, ça attire forcément les regards de toute la classe politique et de la société au sens large. Il faut dire que l’enjeu est de taille, puisqu’il s’agit de rien moins que du financement de la future campagne présidentielle de 2012.

Et pourtant, aucun commentateur « officiel », pas plus parmis les politiques que les journalistes, n’a relevé cette évidence. Il faut dire que le sujet financier est toujours un chapitre délicat à aborder, pour tout dire c’est assez vulgaire de parler d’argent en France. Du moins, c’est l’impression que l’on en a. On trouve donc à longueur d’article les piques de l’un, les répliques de l’autre, les réactions outrées des « amis » et les commentaires narquois des opposants. Mais il faut se pencher sur la presse régionale pour trouver la seule réaction qui aurait mérité analyse, et c’est celle de Pierre Bergé, qui a déclaré :

Elle est là, c’est bien, elle n’est pas là, c’est pareil. Je suis venu pour Vincent Peillon

Tout le cirque autour, c’est de la littérature de gare. La politique est une activité extrêmement onéreuse. La dernière fois que je m’étais penché sur la question, la moindre campagne législative coûtait environ 50.000 € au candidat-député. Une campagne présidentielle, c’est astronomique. Sans compter bien sûr le financement antérieur à la campagne elle-même, pour créer un courant politique, le faire vivre, et récolter les soutiens. Un candidat, c’est comme une marque de lessive, il faut du temps et une promotion permanente pour l’installer dans l’esprit des électeurs. Si vous pensiez que les compétences s’imposent d’elles-mêmes, vous êtes à la fois bien naïf, et complètement à côté de la plaque. Et toute cette activité purement marketing coûte une fortune.

Or donc, une fortune, c’est justement ce dont dispose Pierre Bergé. Et il est le seul à décider ce qu’il veut en faire, ce dont on ne peut pas le blâmer. Pour la présidentielle de 2007, il avait soutenu Ségolène Royal de toute sa puissance financière. Même perdante, cet investissement a propulsé Royal, jusque-là personnalité politique secondaire au plan national, aux portes de la présidence. Et cela malgré une farouche opposition interne de son parti qui aurait préféré un candidat plus traditionnel, et surtout plus docile aux combinaisons et combines anciennes ; lamentable épisode en soi, où le bureau du PS a choisi la défaite par calcul politicien, en projetant dans l’avenir que le sarkosysme ferait retomber naturellement la victoire à gauche en 2012. Calcul dont la réalisation effective est rien moins que certaine.

Ce que la passe d’arme Peillon-Royal révèle abruptement à l’opinion, c’est le changement d’approche de Pierre Bergé, qui a visiblement tiré la leçon son échec à placer Royal à la présidence. L’approche traditionnelle du PS, c’est de favoriser une alliance des gauches pour atteindre la magistrature suprême. C’est la vieille recette Mitterrandienne, qui pouvait fonctionner avec un PS fort et un PC à 20%. Le troupeau de vieilles barbes (ou de jeunes-vieux élevés dans le culte des ancêtres) qui domine la tête du PS est toujours dans ce calcul périmé. L’éclatement de la gauche en groupuscules allant de l’extrême au social-démocrate est désormais consommé, rendant cette mécanique caduque. C’est pour cette raison que Bergé avait finement favorisé de son poids financier l’élévation de Royal, qui aurait du incarner plutôt une nouvelle alliance PS-centre droit. Mais sa manœuvre a échoué, malgré le ralliement d’une grande partie de la base militante, essentiellement à cause de la tiédeur des dirigeants PS à soutenir personnellement Royal, et aussi à cause d’une presse très défavorable de manière générale, qui a conditionné une partie trop importante de l’opinion contre elle. On peut présumer que Bergé a fait un pari trop audacieux : il avait choisi comme candidat une femme, jeune, qui renonçait aux alliances classiques, et tirait le parti vers la droite. Ce qui devait être un cumul de nouveautés s’est avéré être un ensemble trop lourd à digérer en une seule fois.

Bergé a donc revu son ambition à la baisse, et en bon chef d’entreprise, il tire profit de son échec tout en essayant de sauver ce qui peut l’être. Il sait qu’il a deux ans et demi pour réussir. Ce qui peut être sauvé : le courant Royal-iste. Le second épisode désastreux après la présidentielle pour le PS, ça a été « l’élection » de Martine Aubry à la tête du parti. Peu importe que l’élection ait été truquée ou pas, même si on peut assez légitimement se poser des questions sur la régularité du scrutin, ce qui compte, c’est que le courant de Mme Royal, malgré la défaite présidentielle, représente à quelques voix près la moitié du PS. Il aura fallu une alliance parfaite de toutes les autres sensibilités traditionnelles pour la faire perdre ! Et malgré ce poids écrasant, son courant n’a aucune représentation dans les instances dirigeantes : le PS peut se vanter de son fonctionnement interne supposé démocratique, le seul message envoyé à l’opinion, c’est qu’un putsh de vieilles badernes suffit à écraser toute vélléité de changement interne. Cependant, le courant de Royal, « Espoir à Gauche » regroupe donc à lui seul presque tous les nouveaux militants et les plus jeunes. Par un pur effet de mathématique démographique, il est à l’aube de renverser les vieilles idoles de la mitterrandie, et il suffirait éventuellement d’un seul renversement d’alliance pour que le pouvoir change de main. Donc, EAG doit être préservé.

En revanche, selon Bergé, Royal elle-même doit être écartée. Certainement parce qu’elle s’est trop marquée dans l’opinion sur des sujets sensibles, certainement parce que sa personnalité n’est pas tout à fait assez consensuelle, et certainement enfin parce qu’elle ne montre pas assez de soumission à l’homme qui l’a fabriquée.

En apparence, il a porté son choix sur Vincent Peillon, qui incarne peu ou prou les mêmes idéaux que Royal, sans le marquage de la défaite, et qui ne provoque pas le même rejet machiste. On ne peut toutefois pas exclure que Bergé ne fasse qu’utiliser Peillon, dans un numéro d’arroseur arrosé, pour éjecter Royal. Mais il ne fait aucun doute, vu la différence de moyens, que sans un nouveau protecteur avec des moyens comparables, Royal sera écartée de la direction de son mouvement, car celui qui détient la clef du coffre, c’est lui. La seule inconnue dans l’équation, c’est Royal elle-même qui n’a pas l’air décidée à se tenir tranquille. Pourra-t-elle réunir sur son nom assez de soutiens pour faire échec à ce projet ?

Moins qu’une OPA de Peillon sur EAG, ce que révèle la mayonnaise de Dijon, c’est une tentative d’OPA de Bergé sur le PS. Peillon est-il un cheval gagnant pour Bergé ? Lui semble le croire, et c’est ce qui compte.

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