Accueil > démocratie, Droit, littérature, Politique > Raoult, le Ringard du Raincy

Raoult, le Ringard du Raincy

Partager sur Facebook

L’inénarrable Éric Raoult, le ramollo du bulbe qui rêve de raccourcir la racaille, a remarqué récemment que malgré ses rodomontades répétées, il risquait d’être repris dans l’échappée pour le record de France de la remarque la plus répugnante par un peloton de requins rances. Bien décidé à en rajouter pour renflouer son ridicule CV, il a éructé un remugle récent : il a exigé que Marie Ndiaye se tienne à un « devoir de réserve »[*]. Qui plus est devoir de réserve rétroactif, puisqu’à l’époque où Mme Ndiaye a prononcé les propos qui sont reprochés, il aurait fallu qu’elle devine avec plusieurs mois d’avance qu’elle obtiendrait un prix littéraire. Devant la montée de la polémique, Mme Ndiaye a réitéré ses affirmations et en appelle maintenant aussi à l’arbitrage du Ministre de la Culture. [(edit du 12/11/2009)Lequel n’a manifestement pas très envie d’être mouillé dans le débat.]

J’en suis retourné. Et je ne suis pas le seul. En posant la question d’évidence profondément inepte d’un prétendu « devoir de réserve » d’un écrivain à l’égard de son pays, Mr Raoult a mis en branle une énorme machine de communication. La meilleure réponse, jusqu’à présent, a été celle que le mari de Mme Ndiaye, Jean-Yves Cendrey, a accordé à France Info : il a estimé que le présent dérapage s’était fini par trois tonneaux dans un champ de navets, et qu’il y avait peu de risques que des personnalités de la droite pataugent dans ce champ-là pour aller à son secours. C’est certainement vrai[**].

Sur l’ineptie du propos, pas besoin d’en rajouter : quand une personne est soumise à un devoir de réserve, c’est qu’elle est fonctionnaire, et que le statut public qui lui est applicable le prévoit. À ma connaissance, Mme Ndiaye n’est pas fonctionnaire, elle ne saurait donc être soumise à aucune obligation de réserve au sens légal. Maintenant, si l’on veut bien admettre que Mr Raoult a quelques problèmes avec le sens des mots de notre langue, car après tout, dans ce registre, c’est notre lauréate du Goncourt qui est la professionnelle, on peut imaginer qu’il ait implicitement voulu parler de diffamation publique. Mais c’est une explication embarassante à plusieurs titres, d’une part parce que Mr Raoult, membre du Parlement, est tout de même au cœur de l’œuvre législative : s’il ne comprend pas le texte des lois qu’il vote, il y a comme un problème. D’autre part, s’il avait vraiment la conviction que Mme Ndiaye se soit rendue coupable d’un délit tel que celui de diffamation publique, alors, pourquoi saisir le Ministre de la Culture qui n’y peut mais (Mme Ndiaye n’étant pas soumise au pouvoir hiérarchique du Ministre), plutôt que le Procureur ? S’il s’agit bien d’un problème de langue, il faudrait renvoyer prestement Mr Raoult dans un cours adapté ; hélas, celui du Raincy a été délocalisé grâce à son intervention. Il en aurait pourtant tiré bénéfice.

Mais je ne m’abaisserai pas à croire qu’un individu qui a été Ministre ait si peu de compréhension du fonctionnement de nos institutions. Il n’a pas pu lui échapper que quoique d’intérêt publique, l’Académie Goncourt reste une association privée, régie par ses statuts, lesquels n’impliquent à aucun moment qu’un lauréat se trouve subitement privé de liberté de parole. Quant aux propos de Mme Ndiaye, en tant qu’ils visent une politique en général et non des personnes en particulier, ils ne sont pas constitutifs de diffamation. Et je ne pense pas que Mr Raoult l’ait cru lui-même une seule seconde. Au surplus, une telle diffamation commise par voie de presse est soumise à une prescription raccourcie aux termes de la loi de 1881, délai largement dépassé depuis la publication des propos ayant provoqué bien tard la réaction outrancière de Mr Raoult. L’ensemble montre une précipitation qui lui vaut aujourd’hui [12/11/2009] l’attribution d’un prix Busiris par Me Eolas.

Ce que je crois, en revanche, c’est que Mr Raoult, en mal d’exposition médiatique, a forgé de toute pièce un simili-scandale dont la visée n’est aucunement la liberté d’expression de quiconque, même si individuellement, on peut le soupçonner d’avoir un certain mépris pour elle. Il ne peut quand même pas être aveugle au point de ne pas voir que les conditions politiques ne sont pas réunies actuellement pour atteindre ce but. Quoique l’on pense de la méthode « décomplexée » et autoritaire du gouvernement, la population reste largement vigilante, et la plupart des citoyens, droite incluse, ne supporterait pas cette atteinte sans protestation.

Le but de cette manœuvre, à mon sens, est un message interne à la droite, en plus d’être un signal à destination de son électorat local. Interne à la droite d’abord, car l’UMP est une burqa sous laquelle Sarkozy a rangé d’autorité de nombreux courants, allant de l’ancienne UDF aux Villieristes, en passant par les sociaux-démocrates, les gaullistes, les souverainistes, les néo-libéraux, etc. On y trouve même des ex-socialistes type Kouchner. Sous l’unité de la façade, ça tiraille sec malgré le baîllon qui étouffe les cris les plus vifs. Dans cet ensemble, Mr Raoult incarne une des factions parmi les plus dures, dans le genre néo-conservatrice, faction qui voit d’un très mauvais œuil l’arrivée des « cocos » type Mitterrand, et leur influence grandissante au sein de l’exécutif. D’autre part, Mr Raoult est essentiellement un élu local, dont la prospérité politique dépend largement de son électorat. Il doit donc lui donner des gages de son ardeur à défendre les « vraies » valeurs de la droite. Or, autant la gauche s’émeut légitimement des nombreuses dérives libérales récentes, autant la droite tradi ne trouve pas son compte non plus dans la politique actuelle. Il serait apparu inconvenant à tout électeur du RPR que Chirac pratique l’ouverture de son successeur, par exemple. Et il existe ainsi de nombreux autres points contentieux, même si pour l’heure les militants UMP préfèrent se faire relativement discrets sur leurs désaccords avec la politique qu’on leur vend. Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont nombreux à ne pas y trouver leur compte : les français de droite, ce ne sont pas que les membres de l’UIMM. Pour l’essentiel, ce sont de petits artisans – agriculteurs – entrepreneurs, qui subissent la crise et ne comprennent pas les cadeaux faits par devant aux banques qui les ruinent par derrière.

En attaquant Mme Ndiaye à l’Assemblée, Mr Raoult a rempli ses objectifs : il a miné le chemin du Ministre de la Culture à l’intérieur de la majorité, il a donné à son électorat des gages qu’il pouvait s’attaquer dans la même phrase à un PD et une négresse défendre les vraies valeurs de la droite, et il s’est assuré d’une exposition médiatique maximum en le faisant en pleine séance. La seule question étant, la droite se rendra-t-elle coupable d’une complicité par abstention en ne dénonçant pas cette manœuvre putride ?[**] Car, pour citer Beaumarchais, « sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur », et la critique de Marie Ndiaye au gouvernement de la France, c’est le plus bel éloge qu’un concitoyen puisse rendre à notre liberté d’expression.

—————————-
[*] L’allitération en « R », c’est pour me faire pardonner la pauvreté de mon titre d’hier.
[**] [13/11/2009] Il semblerait qu’au nom de l’UMP, Dominique Paillé ait implicitement désavoué Éric Raoult. On aurait souhaité une condamnation en bonne et due forme, mais faute de grives, on mangera ce merle-là.

Publicités
  1. Veig
    13 novembre 2009 à 2:53

    Voici ma suggestion pour compléter l’allitération en « r » : « ramassis de requins » plutôt que « peloton », et « ramollo du rachidien » plutôt que du « bulbe » (qui désigne la même chose).

    bravo pour le reste du texte ! 🙂

    • 13 novembre 2009 à 3:48

      Merci pour la suggestion, mais dans l’intérêt du rythme général de la phrase, qui fonctionne plutôt sur le redoublement de la consonne, j’ai préféré ajouter un ‘rances’ derrière les ‘requins’.

      Merci du soutien 😉

  2. 19 novembre 2009 à 3:58

    Eric Raoult retire sa question !

  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :