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Niqab ? Bourqa bas ?

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[ndla : à l’origine, je voulais traiter la question en un seul billet ; mais je suis totalement partagé. Donc, cet article est la première partie d’un triptyque, dont le second volet s’intitule : « Niqab ? Bourqa c’est bas bossible » – et la conclusion se trouve ici : http://13zenrv.fr/2009/11/08/niqab-bas-bossible-2/]

Faire tant d’histoires pour quelques bouts de tissu me chiffonne. J’ai déjà eu l’occasion de qualifier ce débat « d’épiphénomène de société », et je ne retire pas ce propos. Introduire ce problème sur la place publique en parallèle avec la question de l’identité nationale (question dont j’ai déjà intrinséquement disputé la pertinence dans le billet cité), le tout sous le patronnage du Ministère de l’Immigration, c’est vraiment conjuguer ensemble tous les fantasmes d’une partie de la population : c’est la recette parfaite pour un désastre général.

Or, ce sont des problématiques complètement distinctes.

– D’une part, l’identité nationale, ça n’existe pas, sauf chez quelques ramollos du bulbe. Éventuellement, les citoyens de ce pays ont des valeurs fondamentales communes, et ça s’arrête là. Ces valeurs sont bien encadrées dans la loi et la constitution, donc ça ne pose pas d’énormes problèmes de les faire respecter, à condition de doter la justice d’un budget (proportionnellement au nombre d’habitants) un peu plus élevé que celui de la Moldavie, comme c’est le cas actuellement. Le danger du débat initié par Mr Besson, ça serait justement d’altérer ces lois fondamentales, socle de la République, dans un but strictement comptable visant à économiser sur le poste justice en confiant à la sécurité un certain nombre de questions relevant pour l’instant des libertés publiques. Que le débat ait été lancé dans cette optique, c’est une éventualité, et on verra bien comment seront comptées les voix à l’arrivée.

– D’autre part, l’immigration, ça concerne par définition les étrangers au pacte national. Là encore, on ne voit pas trop la nécessité de se définir « en creux » par rapport à autrui. C’est, me semble-t-il, une base bien faible pour asseoir une identité, et ça manque de tonus. Si la consultation nationale débouche sur le constat que je ne suis pas Américain, merci bien, mais j’étais au courant.

– Reste donc enfin l’épouvantail qui sert de liant à ce brouet mal ficelé, le trait d’union entre l’identité nationale présumée en danger et l’immigré qui est sensé l’assaillir : l’ennemi intérieur, la cinquième colonne, bref, l’étranger au couteau entre les dents, le cosmopolite, l’apatride, le fielleux, etc. Pour le reconnaître, c’est facile. De nos jours, on n’est plus obligé de se promener avec un double décimètre pour mesurer la longueur de son nez, s’il a une barbe et des jupes, ça suffit. Évidemment, pour les femmes, c’est un problème, mais ne bougez pas, on a la solution, si elle est habillée en étrangère, avec un foulard sur la tête, ça marche aussi. Je caricature, bien sûr, mais à peine (et puis, d’où tirez-vous d’ailleurs l’idée que j’écris objectivement ?).

On le voit bien, la marotte médiatique du moment « pour ou contre l’interdiction de la burqa[*] » n’est donc qu’une brique de Légo©® dans un assemblage plus vaste : l’idée à véhiculer, c’est qu’il existerait déjà au sein de notre peuple des immigrés qui se sont infiltrés, à qui la République à ouvert son sein, mais qui, même devenus citoyens grâce à un certain laxisme de nos lois, restent au fond des étrangers génétiques dont le but est d’amplifier la venue de forces allogènes pour chambouler notre beau pays. Ceux-là sont visibles, mais ce sont des meneurs, ils s’appuient sur des réseaux, étrangers et internes, plus discrets, donc … etc. Tout ceci correspond à une stratégie de peur, destinée à obtenir des citoyens une adhésion réflexe à des propositons liberticides qui, si elles étaient étudiées à froid, donnerait lieu à un rejet immédiat de l’opinion.

C’est une instrumentalisation détestable et c’est faire peu de cas de ce qu’il s’agit d’un phénomène ultra-marginal ; toute la presse a rapporté les chiffres de la DCRI : environ de 400 femmes porteraient quotidiennement le voile intégral (sur environ 4 millions de musulmans présents sur le territoire, faites le calcul ; certains disent le chiffre sous-estimé d’un facteur 5, mais même une estimation pessimiste ne donne «que» 2000 personnes, et je ne vois pas pourquoi la DCRI minorerait le résultat). D’une part, dans ce chiffre, une fraction importante (aux environs de 25%, soit officiellement 50 femmes), seraient des française « de souche » en rupture de ban avec leur famille. Pour l’invasion étrangère, on repassera. D’autre part, il apparaît également que pour les autres, le choix de porter ce vêtement soit essentiellement volontaire, par conviction spirituelle.

Par conséquent, une partie de moi a tendance à se rebeller contre le conditionnement insidieux qu’on voudrait m’imposer, et à ramasser dans le caniveau de mai 68 la banderole « il est interdit d’interdire » pour la brandir en étendard. Mais.

Car il y a un ‘Mais’.

Qui commence à être abordé dans ce billet.

[*] Ce n’est pas le terme exact pour le voile intégral, même s’il frappe les esprits par association d’idée avec le sort des afghanes sous la coupe talibane. De ce que je sais, le terme adapté serait ‘Niqab’, la différence visible entre les deux tenues étant la grille placée devant les yeux dans la burqa, absente du niqab, ainsi que le tissu plissé de la burqa. Sauf erreur de ma part. Les deux en tout cas n’ont aucune légimité traditionnelle dans les pays du magreb, puisque la burqa est afghane, et que le niqab vient du Golfe Persique. Une algérienne (au hasard) en niqab, c’est comme une alsacienne en coiffe bretonne.

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