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Droit d’asile : viol de nuit

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Sur le charter de la honte, on a déjà tout prédit, tout dit et tout écrit. Je n’ai pas spécialement l’intention d’y revenir. Je me contente de constater que Mr le Ministre Besson, après avoir trahi son épouse, après avoir tourné le dos à son parti et à ses convictions, a jugé bon également de flouer un certain nombre de ses nouveaux amis, au nombre desquels des députés UMP dont Mr Pinte se fait le héraut, ainsi que la nation à laquelle il avait promis de ne pas procéder aux expulsions prévues. Quand l’ambition dévorante, l’obstination puérile, et la servilité la plus gluante se conjuguent avec une déloyauté innée, l’ensemble forme un fort déplaisant tableau. La seule heureuse perspective que l’on puisse avoir, c’est qu’à force de se vautrer avec complaisance dans le rôle des utilités, Mr Besson rejoindra sans aucun doute la longue cohorte des victimes politiques, soit qu’il rencontre son Brutus, soit qu’il se flétrisse seul quand le soleil qui l’illumine aujourd’hui sera lassé de l’éclairer et détournera ses attentions vers un autre courtisan.

On pourrait souhaiter qu’il soit unique en son genre ; mais Mme Morano (Ministre de la Famille, ce qui lui donne certainement les compétences requises pour se prononcer sur le sort des réfugiés) ne se démarque pas de son collègue, puisqu’elle affirme sans broncher : « Dans ce cas-là, on n’a plus qu’à dire à tous les Afghans, à toutes les personnes qui habitent dans un pays où il y a la guerre de venir en France, ce serait totalement irresponsable » [propos rapportés entre autres dans Le JDD]. N’en déplaise à Mme Morano, il se trouve qu’un jour, la France a signé une convention internationale, la Convention de Genève de 1951, qui a été transposée en 1952 dans notre droit national par le Parlement élu, et qui nous lie juridiquement. Or cette Convention ne dit justement pas autre chose. La France a donné sa parole d’être une terre d’asile pour tous les hommes persécutés, d’où qu’ils viennent. Nous avons même une administration pour cela, l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides. La très mal nommée Ofpra, puisque le taux de demandes admises est tombé en dessous de 10%. Qu’une ministricule nommée à ce porte reprenne ainsi la parole donnée par la France en mon nom par le truchement de mon suffrage est insupportable.

Mais charter il y a eu, et sans doute charters il y aura. On ne va pas trop chipoter, puisque pour l’instant, sur (bas de la fourchette) 10.000 afghans à Calais, il en a été raflé 200, dont les trois-quart on été libéré par la justice (qui elle, respecte les lois nationales), que quatre ont été emmené à l’aéroport de Roissy et qu’au final dans l’avion ils étaient … trois. Je ne sais pas de quoi cette expulsion se voulait le symbole, mais personnellement, je n’y lis concrétement qu’un échec de la démonstration voulue. Échec dans le chiffre, d’abord, parce qu’à ce rythme, on n’est pas prêt d’en voir le bout, échec dans le symbole surtout ; si le gouvernement souhaitait flatter l’opinion de la droite nationale, il a surtout donné du grain à moudre à cette dernière qui va pouvoir fustiger à loisir l’inefficacité patente du dispositif. Échec humain ensuite, parce que jouer à la roulette russe la vie de trois hommes pour un enjeu de posture politique, c’est immonde. Échec enfin de la consolidation de certains soutiens de l’UMP qui ne peuvent pas se vouloir complices de cette barbarie, même s’ils n’appartiennent pas à la gauche.

Mais ce qui n’a pas été relevé, ou si peu, c’est le temps choisi pour accomplir cette sordide et inutile expulsion. Depuis l’empire romain, qui nous a légué une large part de notre civilisation juridique, la nuit est un espace de temps où l’on n’accomplit pas un travail de justice, car à Rome, les heures nocturnes étaient néfastes. C’est ainsi que du crépuscule à l’aube, en dehors de la flagrance, le malfaiteur peut reposer en paix : la justice suspend son cours de 21 heures à 6 heures. A contrario, toutes les basses besognes de police s’effectuent toujours de nuit et en secret dans tous les États totalitaires : enlèvements, arrestations, disparitions, tortures, exécutions extra-judiciaires.

Je trouve pour ma part singulièrement symptomatique de la politique actuelle d’avoir programmé le départ de ce vol en pleine nuit. Une œuvre de prétendue justice n’a pas a se cacher du peuple au nom duquel elle est accomplie, contrairement à ce que prétendent dans un grinçant ensemble Chatel et Lefèbvre.

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