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Polansky : Le bal des vampires.

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J’ai hésité à faire ce billet. Depuis quelques semaines, dès que je lis « Polanski », j’ai tellement envie de balancer des coups de latte dans les fesses de tous ceux qui interviennent que je redoute une fois ce mot pondu de devoir m’en mettre à moi-même pour avoir contribué au bordel ambiant. Il faut dire que dès qu’on se lance dans le détail, c’est tellement compliqué que même Me Eolas se prend les pieds dans sa robe en voulant expliquer la prescription, ce qui surprend étant donné la haute tenue de son blog. Et si on veut rester simple, on tombe tout de suite dans le simplisme comme Jérôme Leroy. Quant aux commentaires, ils sont dans tous les cas confondants d’idiotie, qu’ils viennent de droite, de gauche, du milieu ou du dessus.

J’ai donc fait changer la pile de mon pacemaker par précaution, et je m’y suis quand même collé. Peut-on aborder le cas Polanski de manière simple ? J’ai longtemps retourné le truc dans tous les sens, et je crois que j’ai trouvé la solution. En fait, c’était facile : il suffit de bien comprendre que Roman Polanski est un idiot comme les autres.

De l’art d’évacuer un débat merdeux :

Polanski commet une infraction en 1977 aux États-Unis et s’enfuit. Il arrive en France, pays dont il a déjà la nationalité. Et il a un coup de bol pas possible. En effet, le droit français ne permet pas, dans aucun cas, d’accorder à un autre État souverain l’extradition d’un de nos compatriotes (c’est encore vrai aujourd’hui, techniquement le mandat d’arrêt européen n’est pas considéré comme une extradition, ce qui risque d’être une source amusante de coups bas juridiques tordants entre « alliés européens » dans les prochaines années, je vous raconterai ça un jour si vous êtes sage).
Le sacripant s’en tire bien, surtout que, flash-back, en 1977, la France ne poursuit pas sur son sol les auteurs de crimes commis à l’étranger sauf dans quelques cas très limités (en tout cas, ne poursuit pas ce qu’on reproche à Polanski).
Depuis, la situation juridique a évolué, et la France jugerait elle-même ce crime commis à l’étranger par son ressortissant en cavale et revenu sur le territoire national – il y a des conditons légales qui encadrent tout ça, mais pour simplifier, pas la peine de prendre un billet pour Hollywood pour s’envoyer en l’air, le jeu n’en vaut plus la chandelle.
N’empêche que le sacro-saint principe de non-rétroactivité de la loi pénale fait désormais obstacle aux poursuites contre Polanski chez nous. On ne peut pas lui reprocher d’avoir ignoré en France une loi qui n’existait pas encore en 1977. Tout le débat sur : « on aurait du leur envoyer le polak ficelé comme un saucisson depuis longtemps » n’a donc aucun sens. On ne pouvait pas, et s’il était encore ici, on ne pourrait toujours pas.
Après, il se trouve que Mr Polanski a des amis vociférants jusqu’au gouvernement. Grand bien lui fasse, mais ça ne change pas d’un iota sa situation juridique. Il a droit comme tout français à la « protection consulaire », ce qui se résume à quelques visites d’un sous-fifre de l’ambassade de France qui lui apporte des oranges, l’adresse d’un avocat et s’assure qu’il n’est pas brutalisé. Ça ne me choque pas, tant qu’il n’y a pas d’ingérence dans le processus judiciaire d’un pays souverain. Et d’ailleurs, il vaudrait mieux pour lui qu’il n’y ait pas de tentative d’ingérence, dans la mesure où les pays « d’inspiration germanique » comme la Suisse n’apprécient pas du tout les accomodements avec le principe de séparation des pouvoirs à la manière française.
Vous avez le droit de vous émerveiller de la manière avec laquelle j’ai réussi depuis le début à éluder la qualification ainsi que les faits reprochés : en fait, c’est juste pour montrer que ça n’a aucune espèce d’importance dans cette affaire.

Mais là où Polanski, ses soutiens, ses détracteurs, les Suisses, les Américains et la horde des loups se conduisent tous comme des ânes, c’est en voulant à toute force imposer, chacun pour son compte, sa posture morale et ses propres conceptions de son droit, tel qu’il est, pourrait, ou devrait être. On s’en fout. Au bout de 31 ans, Polanski, intouchable en France, en Pologne (il est Polonais aussi), et dans une grande partie de l’Europe (pour cause de traités limités d’extradition avec les USA qui n’auraient pas couverts ce cas), a décidé, tout seul, d’aller en Suisse. Le con. Le seul pays proche d’où il pouvait être extradé pratiquement sans examen de son cas. Alors qu’il entretient pour cette affaire une cohorte d’avocats depuis 30 ans, qui auraient du l’avertir – et qui l’ont sans doute averti. Alors qu’il déploie en général une prudence de renard pour échapper à la Justice US qu’il fuit. Que ces judas Suisses l’aient vendu pour restaurer leurs bonnes relations bancaires avec les USA et s’abritent depuis derrière des arguments de merde (du genre « oh, mais il ne risque que 2 ans ! » – et mon fessier gauche, c’est du poulet ?) ne change rien à la situation : Polanski s’est conduit comme un débile. Tout ça pour la Suisse ! Vous risqueriez votre liberté pour la Suisse, vous ? Moi pas.

Ça lui apprendra à vouloir vivre dans le pays le plus emmerdant du monde. Qu’on le pende.

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