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Néoconnerie

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Aujourd’hui, c’est MAM qui passe la soupe populiste. On dirait que c’est fait exprès, mais c’est encore le Figaro qui s’y colle : «Castration chimique : « Une loi avant la fin de l’année »». En fait, ce qui donne vraiment envie de la renvoyer dans une paire de cours de Fac sur les libertés fondamentales, l’histoire politique, et le droit constit, c’est la conclusion (tout ça devant être acquis normalement avant la fin de la L2, elle y croiserait peut-être le petit Prince). MAM ne propose rien moins que de «discuter» avec le parlement de la castration physique. Bon, il faut être honnête, son idée ne déclenche pas trop les passions dans les commentaires. Comme si, même les plus ultras avaient senti que ça pue grave. Il n’y a vraiment que les lobotomisés ultimes qui ne voient pas l’arnaque, et encore y a-t-il un bon tiers de réponses de gens normaux qui tentent de leur expliquer en quoi c’est vraiment une mauvaise idée. Inutile. Autant mettre directement le déversoir d’une bétonneuse dans l’oreille de ces fondus, c’est le seul moyen plausible de leur enfourner un truc un peu solide dans le citron.

Au rang des certitudes étalées avec complaisance, la récidive des criminels sexuels. Parce que «tout le monde le sait bien», un type «comme ça» récidive toujours. Déjà, c’est forcément un type notez bien, il n’y a aucune jurisprudence criminelle sur des femmes qui violent leurs petits enfants, filles et garçons, nan… si vous ne voyez pas comment une femme peut le faire en pratique, je vous renvoie à la saine lecture du Code pénal, dans les notes vous trouverez des tas d’idées que vous n’auriez jamais eues autrement ; la grande bible des criminels, depuis Napoléon, c’est un fait. Mais on ne va pas chipoter pour si peu, c’est vrai que souvent (environ 9 fois sur 10), c’est bien un type. On ne se posera pas aujourd’hui la question de savoir si c’est parce qu’on n’enquête pas trop quand l’agresseur est une femme, ou s’il y a une réalité sociale derrière. [À titre tout à fait personnel, sans aucune statistique d’aucune sorte pour appuyer ma conviction, je crois que les femmes sont tout à fait capables de commettre les mêmes saloperies que les hommes, dans des proportions égales, mais ça n’est pas le jour pour en parler.]

Le type qui commet une agression sexuelle récidive donc. Sauf que non. Pas tellement, en fait. D’après le Ministère de la Justice, le taux de récidive des criminels sexuels est de 2,7% ; si on ajoute les délinquants sexuels, on plafonne à 4% (la différence entre les deux, c’est que le délinquant ne va pas au bout de ses intentions, si vous me passez l’expression, et même si vous ne me la passez pas d’ailleurs). C’est trop. Mais le taux de récidive en matière de vols est de 10%. Et croyez moi, des vols, il y en a beaucoup, beaucoup, plus que des viols. À ce faible chiffre, un tas de raisons. Les humanistes soutiendront que le délinquant a des remords, moi je penche plutôt sur la sainte trouille de repasser un dizaine d’années au placard dans 9 m² partagés avec 3 autres taulards peu compatissants. Peu importe. Pour voir des chiffres, et comprendre la question,cliquez là : rapport sur la récidive, 2007, pdf, 1Mo

Nous sommes donc devant une annonce politique qui concerne quoi… 20 cas par an ? Et pour 20 cas par an, MAM propose de jeter les droits de l’homme aux moulins ? Parce que ça ne fait pas un pli, là, on rentre cash dans le domaine des tortures et mutilations, qui sont des châtiments complètements excessifs et prohibés par le droit international. Ça ne fera pas plaisir à la CEDH.

Est-ce que ça serait efficace au moins ? De ce que je sais, même pas. Il y a un certain nombre de cas documentés, dans d’autres pays qui pratiquent la castration chimique, de criminels sous camisole qui ont récidivé. Avec pour conséquence inattendue qu’incapables d’arriver à leurs fins, ils ont en général torturé et finalement tué leurs victimes faute d’en tirer une satisfaction plus habituelle. Sans oublier bien sûr que rien que la menace de la sanction aura déjà un effet pervers : celui qui est prêt à récidiver après une condamnation n’aura aucune envie de se faire castrer d’office. Il va donc chercher un moyen de rendre l’enquête plus difficile, et la victime, en plus de l’abus, risque fort de trépasser préventivement, pour bien lui ôter toute possibilité de témoigner.

À force de caresser les populistes dans le sens du poil, MAM ne propose finalement que d’installer la chariah en France : un régime de sanctions corporelles pour répondre à des peurs viscérales et largement fantasmatiques. Comme ça, si d’aventure ces populistes avaient raison et que le pays bascule un jour dans la théocratie qu’ils redoutent, les trois quarts du chemin auront été pavé d’avance par leurs soins. Crétins.

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  1. Sortylege
    22 janvier 2010 à 3:14

    En attendant pour les plus nuls,c’est passez moi la monaie .
    Finalement,il n’y a que les exhibitionistes ultrarécidivistes a etre obligés de se faire castrer clandèstinement pour ne pas aller en tole ?

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